Composition et improvisation : différent mais complémentaire

Composition et improvisation : différent mais complémentaire

Note : il s’agit d’un article invité écrit par Océane du blog Compo’Zik

L’improvisation et la composition… 2 concepts qui ont fait couler beaucoup d’encre et animer de nombreuses discussions au tour d’un bon repas de famille, entre amis et même sur les réseaux sociaux.

Tous les musiciens en parlent, des débutants aux plus confirmés. Et chacun à son propre avis. Je suis sûre que tu as le tien aussi ! 😉

Que représente exactement chacune de ces notions ?

Quelles sont leurs points communs ?

Leurs différences ?

Un vaste sujet qui ne met pas tout le monde d’accord. Mis à part peut-être la croyance populaire que ces 2 arts sont réservés aux musiciens de haut niveau… Nous y reviendrons au fur et à mesure.

Mais puisque mon objectif n’est pas que cet article se termine en lancer de tomates, je te propose que nous regardions ça sous un autre angle. Ne cherchons pas à comprendre précisément leurs similitudes et différences. Ça n’aurait pas forcément un intérêt primordial dans notre pratique musicale. Voyons plutôt ce que ces 2 arts peuvent s’apporter mutuellement. Et en quoi leurs pratiques conjointes peuvent démultiplier ta progression au piano.

Avant de s’attarder sur les apports réciproques, nous sommes quand même obligés de nous pencher un court instant sur les définitions de ces 2 notions dans les grandes lignes.

Qu’est-ce que l’improvisation ?

En une phrase, l’improvisation peut être définie comme la musique de l’instant. C’est-à-dire qu’à un moment donné, le musicien va produire une œuvre musicale provenant de son imagination. Pas de retour en arrière possible, la musique se construit en même temps qu’elle est jouée. On parle aussi de musique interactive, en lien avec le contexte proposé autour du musicien ainsi que ses émotions du moment.

Mais attention, bien que la création soit faite de manière spontanée, il ne faut pas oublier qu’une improvisation ne sort jamais du chapeau du magicien et répond tout de même à certaines règles. Sinon bonjour le chaos disharmonieux et les maux de tête !

Après, quand on parle de règles, pas de panique. Ça ne veut pas dire qu’il va te falloir être un As du solfège pour te lancer dans l’improvisation. La preuve en est, ne t’es-tu jamais surpris à chantonner un petit air sous la douche qui sort on ne sait d’où ? Eh bien ça, cher ami, c’est une improvisation. Ensuite, seules quelques notions de solfège simples peuvent suffire pour se lancer et obtenir un rendu cohérent.

Par exemple, prends la gamme de Do majeur, les 4 accords magiques, et bim, tu peux commencer à improviser des petites mélodies, comme le montre Norton dans cette vidéo.

Alors oui, au début, ça sera simpliste, et alors ? Le champion du tour de France a, comme tout le monde, commencer par apprendre le vélo avec ses roulettes. Seulement une fois qu’il maitrisait avec les petites roues, il a pu les enlever pour commencer à circuler plus librement, lâcher une main, puis 2, faire des dérapages et je ne sais quoi encore.

Pour ta progression en improvisation, c’est pareil. Au fur et à mesure de ton évolution, tu pourras sortir des sentiers battus et enrichir toujours plus tes créations. Mais chaque chose en son temps petit scarabée ! 😊

Pour te lancer efficacement dans tes premières improvisations, je t’invite à lire (ou à relire) l’article « Improviser simplement au piano : astuces pour débutants ».

Qu’est-ce que la composition ?

Question

La composition, quant à elle, pourrait être qualifiée de musique en devenir. Ici, rien ne t’oblige à commencer le morceau par le début. Tu peux créer chaque partie dans l’ordre que tu le souhaites, revenir sur tes idées, les enrichir, les simplifier, rajouter ou supprimer des sections.  

On note toutefois que la composition répond généralement à un cahier des charges plus complet que l’improvisation.  

On pourrait comparer la composition au dessin.

  • Dans un premier temps, tu vas poser les fondations de ton morceau. C’est la phase où tu cherches tes idées pour ne conserver que les plus fortes. Ça peut être une suite d’accords ou une première ligne mélodique par exemple. La composition ne laisse que peu de place aux erreurs, elles doivent être corrigées.
  • Pour notre dessinateur, ça va correspondre à la phase croquis où il esquisse les premiers traits de crayons. Il va s’y reprendre à plusieurs fois pour ne conserver que les meilleures idées et avoir une base solide pour la suite de sa création.
  • Ensuite, quand tu as trouvé une base qui te plait, tu vas pouvoir développer tes idées pour finalement, obtenir un morceau complet. Faire des variations, des transitions, tout en restant cohérent avec les idées principales que tu souhaites mettre en avant.

Pour notre dessinateur, c’est la phase où il va rajouter des détails ; des décors, accentuer certains traits, mettre de la couleur, etc.

Et là encore, tout comme l’improvisation, pas besoin de maitriser tous les rouages du solfège pour commencer à composer ses premiers morceaux. Fixe-toi une gamme, quelques accords, une rythmique simple, prends le temps de trouver des idées et choisis celles que tu vas décider de développer.

D’ailleurs si ça t’intéresse de composer tes propres morceaux au piano, je t’invite à lire mon article « comment composer au piano : une méthode ludique en 4 étapes ».

Héhé, ça y est, maintenant attaquons ! Rentrons dans le vif du sujet, ce qui nous intéresse vraiment ! A savoir, la complémentarité de ces 2 arts.

Attention, ce qui suit ne sont que de simples pistes de réflexion, et non des vérités immuables. A toi de te forger ton propre avis, en fonction de ton expérience.

Improviser pour mieux composer

Improviser au piano

Il y aurait sans doute une multitude de possibilités à évoquer ici sur les bénéfices que peut apporter l’improvisation à la composition. Mais pour éviter que tu ne fasses une indigestion d’informations, nous n’allons en voir que 4. Tu auras déjà de quoi faire ! 😊

1- L’improvisation te fait gagner en virtuosité

La composition relève plus d’un système notationnel. C’est-à-dire que tu n’es pas obligé de savoir jouer d’un instrument pour pouvoir composer. Tu peux composer directement sur une partition ou sans presque aucune notion de solfèges grâce à l’air du numérique et la Musique Assistée par Ordinateur.

Alors que l’improvisation implique de fait la pratique, au moins à minima, d’un instrument réel. Et comme tu le sais, plus tu vas pratiquer ton instrument, plus tu parviendras à jouer avec aisance, souplesse et dextérité.

C’est en ce sens-là que l’improvisation, de-par son essence même, va te faire progresser en virtuosité. Tes compositions pourront alors se complexifier et gagner en nuance de jeu dans l’expression de ta création. Et ce sera vrai aussi bien pour une composition de piano pure et dure ou en MAO via l’utilisation d’un clavier maitre.

2- L’improvisation te fait gagner en anticipation musicale

En composition, on retrouve souvent un syndrome propre à beaucoup de débutants. Je l’appelle le syndrome de la boucle infinie qui rend fou ! Une bien longue expression pour parler du phénomène qui consiste à créer une première boucle musicale avec nos idées, puis de se retrouver coincé dedans sans savoir comment en sortir pour obtenir un morceau complet.

Au final, on se lasse de notre propre création avant même qu’elle soit terminée.  On la met au placard en se disant qu’on y reviendra plus tard et on repart de plus belle pour autre chose en espérant qu’on sera plus inspiré… Mais c’est loin de fonctionner à tous les coups, n’est-ce pas ?

En improvisation, on peut aussi retrouver ce phénomène, mais tu n’as pas le choix, tu es obligé d’avancer dans ton morceau. L’improvisation, peut-être inconsciemment, te pousse davantage au lâcher prise pour continuer de trouver de nouvelles idées au fur et à mesure de l’évolution de ton œuvre.

Au début, oui, tu tâtonnes, tu te trompes, tu fais des fausses notes, mais plus tu pratiques, plus tu parviens à anticiper ce que tu vas jouer en sachant dans les grandes lignes ce vers quoi tu souhaites aller. Un peu comme les pianistes qui interprètent une pièce en déchiffrant à vue une partition.

Je pense que tu vois où je veux en venir maintenant !

Si grâce à l’improvisation, tu parviens à avoir une vision plus claire de ton morceau au fur et à mesure qu’il se déroule sous tes doigts, en composition, ça t’aidera à avoir une vision plus globale.

 Le fait de gagner en anticipation musicale pour tes improvisations t’aidera à sortir du syndrome de la boucle sans fin, puisque tu apprendras à entendre dans ta tête de nouvelles idées qui découlent des précédentes. Sans oublier que la composition t’offre davantage le temps de la réflexion pour ne garder que les idées les plus pertinentes par rapport à ce que tu souhaites faire ressortir.

3- L’improvisation améliore ta mémoire musicale

Un parfait complément avec le point précédent.

En improvisation, pour mieux anticiper chaque évolution de ton morceau, il est indispensable que tu mémorise ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas ; que ce soit en termes de choix des notes, des rythmiques, des transitions, etc.  Ainsi, il te sera plus facile de faire des choix cohérents.

Tu pourras donc simplement transposer toutes cette mémoire musicale dans tes compositions. De cette façon, non seulement tu as une vision plus globale de ton morceau grâce à l’anticipation, mais en plus, ta mémoire musicale te guidera pour savoir tout de suite les différents agencements que tu peux faire et qui fonctionneront du premier coup. Ça te fera gagner un temps précieux (pour composer toujours plus de nouveaux morceaux bien sûr !!).

4- L’improvisation t’apporte sans cesse de nouvelles idées pour tes compositions

En improvisation, les notes filent sous tes doigts, de bonnes idées en découlent, parfois moins, mais toujours authentiques, en réponse au moment qui est en train d’être vécu. Mais par nature, une improvisation est éphémère… Sauf si elle est enregistrée en même temps bien sûr !

C’est donc là que tu vas encore avoir besoin de ta mémoire musicale, mais sous un autre versant.

Ce coup-ci, plutôt que de mémoriser des agencements de notes ou des transitions efficaces, il va falloir que tu te souviennes de petits riff rythmiques ou mélodiques que tu as jouer au cours de ton improvisation, et que tu souhaiterais développer plus en détail dans une composition.

De cette façon, en improvisant régulièrement, fini la page blanche qui effraie tant de musiciens au moment de se lancer dans une composition. Tu auras toujours de nouvelles idées musicales à te mettre sous la dent pour démarrer.

Voilà, de belles pistes de progressions à explorer et sûrement bien plus encore. Voyons maintenant comment la composition peut t’aider en improvisation.

Composer pour mieux improviser

composer sur partition

Ici, voyons 3 points en particulier, même s’il en existe sans doute une multitude d’autre.

1- La composition peut t’aider à improviser dans de nouveaux styles

Comme vu dans sa définition, la composition répond à un cahier des charges plus complet. Le plus souvent, on compose dans un style précis, avec des règles spécifiques à ce style. Mais donc, avant de pouvoir composer dans un style donné, il est nécessaire d’en apprendre les caractéristiques.

L’avantage d’apprendre à jouer certains styles musicaux par le biais de compositions, est qu’elles nous laissent beaucoup plus la possibilité de s’améliorer par des essais-erreurs et d’en perfectionner la maitrise.

Alors, certes, il est parfaitement possible d’apprendre différents styles au travers d’improvisations directement (les formations de Norton sont idéales pour ça d’ailleurs). Mais selon moi, on peut aussi aborder les choses sous un autre angle. C’est moins frustrant de tâtonner sur une composition, qui est plus faite pour prendre le temps de la réflexion et de l’entrainement.

L’improvisation, elle, a pour but le plaisir de l’écoute instantanée. Alors autant faire en sorte de maitriser assez correctement le style que l’on souhaite jouer. De cette façon, dès tes premières improvisations dans le style de ton choix, tu seras plus à l’aise pour exprimer librement toutes tes idées. Parce qu’il n’y a rien de plus agaçant que d’être limiter dans ses improvisations, non pas à cause du manque d’idées mais simplement en raison d’un blocage face aux techniques de jeux propres à un style.

2- La composition peut t’aider à mieux structurer tes improvisations.

Encore un point parfaitement complémentaire du précédent !

En improvisation, puisque la musique court comme une rivière, sans jamais s’arrêter, il n’est pas toujours évident de structurer correctement son morceau. Surtout quand on est débutant, il est facile de laisser filer ses idées comme elles viennent, sans trop se préoccuper de leurs organisations… Après tout, tu ne peux pas tout gérer en même temps, et c’est bien normal😉.

L’univers de la composition étant plus standardisé, il répond généralement à des structures spécifiques, propres à un genre musical.

C’est donc en apprenant ces structures lors de tes compositions, que tu arriveras mieux, grâce à ta mémoire musicale (la revoilà celle-là) à savoir comment organiser tes sections dans tes improvisations. L’objectif est que ta façon de structurer tes improvisations t’apparaisse comme naturelle, presque comme un automatisme, toujours adaptée en fonction du contexte musical que tu proposes.

3- La composition peut t’aider à intégrer de nouvelles notions théoriques

Un point très bref.

En improvisation, puisque les idées s’expriment au moment où elles surviennent, quand on est débutant, on a vite moyen de s’enflammer, puis de se laisser déborder et de ne plus savoir où on en est. Que ce soit en termes de rythmique, de structure ou d’harmonisation main droite / main gauche.

La composition, elle, t’offre davantage la possibilité de prendre ton temps pour comprendre ce que tu es en train de jouer. Et, en prenant conscience de ce que tu fais, tu intègres de manière plus durable de nouvelles notions. Tu pourras alors plus facilement les transposer dans tes improvisations en étant parfaitement au clair de ce qu’il se passe sous tes doigts.

Tu peux bien sûr apprendre de nouvelles notions au cours d’improvisation directement, mais le fait de les retravailler plus posément dans tes compositions te permettra de vraiment les fixer dans ton esprit.

Nous voilà rendu à la fin !

Ce qu’il faut retenir

Peut-on se lancer dans la composition et/ou l’improvisation sans être un pro du solfège ? Evidemment ! Tes connaissances s’enrichiront d’elles-mêmes au fur et à mesure de ta pratique. Les notions que tu devras acquérir te sauteront aux yeux en fonction de tes besoins et de ce que tu souhaites exprimer avec ton piano.

Et peut-on évoluer en même temps dans ces 2 univers ? Bien sûr que oui, et c’est même un excellent moyen de progresser toujours plus dans tes techniques de jeux au piano tout en aiguisant ta créativité. La palette de possibilités à ta disposition pour t’exprimer n’en sera que plus étendue. Et ça, c’est le rêve ultime de tout musicien ; pouvoir partager ses émotions sans aucune limitation technique ou créative, n’est-ce pas ?! La seule limitation deviendra celle de ton imagination, qui elle-même est infinie, je n’en doute pas ! 😊

N’oublie pas que les points évoqués ici ne sont que des propositions de réflexion. N’hésite donc pas à nous faire part de ton expérience dans les commentaires.

Puisque ces 2 arts sont complémentaires, je t’invite à rejoindre 2 groupes Facebook :

–    Celui de Norton, « Plaisir, Liberté et Spontanéité au piano » qui s’intéresse principalement à l’improvisation

–    Et le mien, « Apprendre à composer sa musique » qui s’intéresse davantage à la composition au piano et/ou en MAO.

Avec ces 2 groupes, boostés par l’entraide et la bienveillance, tu es sûr de démultiplier ta progression sur tous les plans !!

A très vite

Océane

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